Au cours d’un long point de presse tenu à la Salle
du «Serment des Ancêtres», au Palais national le 4 février 2002, le
Président de la République, Son Excellence Jean-Bertrand ARISTIDE, s’est
largement étendu sur diverses questions de l’actualité politique haïtienne.
Sous le générique principal d’un «choix clair pour la concertation en
lieu et place de la confrontation», les journalistes locaux et étrangers
ont ouvertement et librement posé des questions et obtenu des réponses
du chef de l’État qui, d’un sujet à l’autre, a toujours tenu le rôle
difficile de temporisateur des tensions.
Les thèmes de Justice, de Sécurité Publique, de dialogue
avec l’opposition, de volonté de «recoudre le tissu national», de liberté
de la presse et de la sécurité de la Présidence ont été sereinement
abordés.
Le Président de la République a réitéré sa volonté
d’approfondir le dialogue avec l’opposition en considérant que la concertation
exclut toute «question de vainqueurs et de vaincus ». Il a appelé ses
« frères de l’opposition» à la concertation surtout face à la réalité
économique qui interpelle à tous les niveaux tous les fils de la patrie
à l’approche de la célébration du Bicentenaire de son Indépendance.
Le chef de l’État a réaffirmé sa volonté de tenir des
élections anticipées en vue de mettre fin durablement à la crise post-électorale
à la date qui conviendra à l’opposition selon les échéances considérées
au cours des négociations antérieures, soit en novembre 2002 ou durant
le premier semestre de l’année 2003 entre mai et juillet 2003 au moment
de l’organisation des élections territoriales. Il s’est dit disposé
à faire montre de patience pourvu que le délai soit raisonnable mais
qu’il évitera le piège de ceux qui parlent d’accord pour ne pas négocier.
Au sujet de la Sécurité le président a renouvelé sa
volonté de combattre les actes d’enlèvement (kidnapping) dont
il reconnaît, ces derniers jours, une baisse considérable. Sur ce plan,
il a souligné l’efficacité de plus en plus affirmée de la Police nationale
et reconnaît que quelques-uns de ses membres, d’après ses informations,
sont impliqués dans ces actes répréhensibles. Il en a profité pour demander
à la population de participer à cette lutte contre le banditisme social
en informant la police nationale de toute manœuvre suspecte.
Eu égard au sujet des menaces dont plusieurs journalistes
et des médias ont déclarés être l’objet récemment, le Premier Mandataire
de la nation a proposé aux journalistes de résoudre ces problèmes par
la concertation en vue d’y mettre un terme de manière progressive. Il
leur a proposé cette stratégie pour éviter que les cas que l’on veut
diminuer ne viennent à prendre des proportions regrettables par l’incompréhension
et l’absence de dialogue.
Répondant à une question au sujet des fonds dépensés
pour sa sécurité, le président a considéré comme « une exagération»
les affirmations selon lesquelles une somme considérable est consacrée
à sa protection. «Je suis le conducteur d’une voiture. Attenter à la
vie du conducteur c’est aussi mettre en danger la vie des passagers»,
argumente le Président. Les passagers étant les huit millions d’Haïtiens
qu’il représente, incluant donc tous les secteurs de la société, le
coût de la protection du président se justifie dans sa représentativité
qui est aussi celle de la stabilité de l’État et du processus démocratique
en cours.
Le Président a pris les exemples du 28 juillet et du
17 décembre comme deux tentatives visant à chambarder l’ordre démocratique.
La responsabilité du chef de l’État est aussi d’assurer la sécurité
de la majorité des citoyens.
Reconnaissant l’indépendance de l’Exécutif par rapport
au Législatif et au Judiciaire, le président Aristide dit qu’il ne peut
interférer au niveau du Parlement ou sur le plan d’une décision de Justice.
Il affirme, par contre, qu’il peut conseiller pour dynamiser une action
au Parlement ou au ministère de la Justice. Il en a profité pour inviter
Écho Voix Jean Dominique à le rencontrer pour discuter librement autour
des persistantes interrogations de cette organisation sur le cas de
l’assassinat de l’illustre journaliste haïtien, le 3 avril 2000.