En mon nom propre et au nom de la Délégation qui m'accompagne,
je veux d'abord vous remercier pour l'accueil combien chaleureux et
fraternel qui nous a été réservé sur la terre de José Marti.
Je veux vous remercier ensuite pour m'avoir honoré
de cette distinction de l'Ordre «José Marti», du nom de cette figure
légendaire du mouvement de libération du Peuple cubain.
Monsieur le Président,
Ce moment que nous vivons aujourd'hui est historique
et solennel, à un double titre. C'est en effet la première visite d'un
Chef d'État haïtien dans votre pays, malgré notre proximité géographique
et culturelle. C'est aussi la célébration de l'amitié retrouvée entre
nos deux peuples, dont les histoires reflètent la même ardeur dans la
lutte pour la liberté et le respect de la dignité humaine. Pour avoir
le droit de disposer d'un espace vital et d'en jouir en toute liberté
et indépendance, Cuba et Haïti l'ont payé du sang de beaucoup de leurs
vaillants Fils.
Près de deux siècles après les gestes de Maceo dans
les provinces orientales de Cuba et de Jean-Jacques Dessalines à Vertières,
ma présence à vos côtés à La Havane prouve que l'amitié cubano-haïtienne
a transcendé toutes les vicissitudes politico-sociales de l'histoire
de nos deux Pays.
Après la reprise de nos relations diplomatiques en
février 1996 décidée par mon prédécesseur le Président Jean-Bertrand
Aristide et les ouvertures subséquentes de l'Ambassade de Cuba à Port-au-Prince
et de l'Ambassade d'Haïti à La Havane, cette visite ainsi que les conclusions
des travaux de la Commission Mixte consacrent donc l'engagement de nos
deux peuples dans la voie d'une coopération mutuellement bénéfique.
Pour la République d'Haïti, Monsieur le Président,
la coopération entre pays du Sud doit mettre à l'avant-plan des valeurs
essentielles dans les rapports entre les peuples. Elle doit permettre
la formulation et la mise en oeuvre de politiques qui tiennent compte
de leurs aspirations légitimes fondamentales. Elle doit amener à réaffirmer,
inlassablement, que le véritable développement consiste avant tout à
satisfaire les besoins humains les plus essentiels et que ces derniers
ne sont pas exclusivement matériels.
C'est au moment où sont aussi prises en compte les
exigences d'éducation, de santé, d'épanouissement, donc les aspirations
collectives qui permettent de combattre toutes les formes d'exclusion,
que le politique prend vraiment tout son sens. Une telle perspective
est celle de la solidarité entre les citoyens, si l'on parle du territoire
national, entre les peuples et les nations quand on parle du réseau
des relations internationales.
De cette solidarité entre les Peuples, véritable bouclier
contre toutes les formes d'égoïsme et de domination, Haïti en a été
l'objet récemment de la part de pays amis suite aux destructions causées
par le cyclone Georges.
Monsieur le Président,
Dans ce concert humanitaire, Cuba a fait entendre très
fortement sa voix. Le Peuple et le Gouvernement haïtiens ont ainsi hautement
apprécié votre offre publique de nous envoyer une brigade de médecins,
toute une promotion s'il le fallait disiez-vous, pour aider à soulager
nos trop nombreux blessés. Je profite de l'occasion de cette visite,
non seulement pour vous en remercier en leur nom mais aussi pour vous
rendre hommage.
Votre engagement personnel, Monsieur le Président,
au renforcement et au développement des liens entre les Peuples haïtien
et cubain est très largement connu. Jamais votre soutien ne nous a fait
défaut, et nous savons tous qu'il nous a été très précieux dans certaines
périodes difficiles de notre histoire. Encore une fois, le Peuple et
le Gouvernement haïtiens vous en sont profondément reconnaissants. Aussi,
en raison de ces efforts et de ces marques d'attention tant de fois
manifestées, et en témoignage de notre haute estime, c'est pour moi
un très, très grand honneur, au nom de ma patrie, de vous décerner l'Ordre
National «Honneur et Mérite » au grade de Grand Croix Plaque Or.
Je vous remercie.