Discours de l'Honorable Madame BENOÎT-PRÉVAL,
Première Dame de la République d'Haïti à l'occasion de la
VIIè Conférence des Epouses de Chef d'Etat
et de Gouvernement des Amériques,
Panama, le 8 et 9 octobre 1997


Son Excellence Madame Dora Boyd de Perez-Balladares que je tiens spécialement à remercier pour son invitation d'autant plus que c'est la première fois que mon pays est représenté â la Conférence des Premières Dames,

Sa Majesté la Reine Fabiola, à qui je présente mes félicitations pour la sensibilité dont elle a fait montre dans son exposé sur la situation des femmes rurales,

Mesdames les Epouses des Chefs d'Etat et de Gouvernement,

Distingués Représentants de Gouvernements,

Représentants des Organisations Internationales,

Mesdames, Messieurs;

L'absence d'Haïti à ces Assises que tiennent depuis sept années les Premières Dames de l'Hémisphère, n'est pas synonyme d'indifférence à la Problématique des femmes car nous n'avons pas cessé d'être actives dans d'autres forums, et personnellement, j'ai eu l'honneur de représenter mon pays à la dernière Assemblée Générale de la CIM (Commission Interaméricaine des Femmes) qui a eu lieu à Washington en novembre 1996.

J'ai aussi écouté avec beaucoup d'intérêt votre compte rendu à Santa Cruz, en Décembre 1996, à l'occasion du Sommet de "Développement Durable". Je vous présente mes félicitations, à vous toutes, pour le leadership dont vous faites toutes preuve pour la promotion des femmes et pour l'oeil vigilant que vous gardez sur les problèmes des «enfants en situation spécialement difficile».

L'objet de la conférence d'aujourd'hui «Construisons l'Avenir des Amériques sous le signe des droits humains et autour d'une culture de Paix» est pour moi d'un intérêt capital.

Après de nombreuses années de dictature et un récent coup d'Etat qui a encore retardé le processus démocratique, les classes les plus démunies se trouvent confrontées à des situations encore plus difficiles. C'est ainsi que, malgré l'existence de certaines lois, l'inefficacité du système judiciaire crée une ambiance d'impunité et provoque un sentiment de désarroi total dans la population.

Cependant, le peuple haïtien continue de se battre pour sa liberté, le respect des ses droits civils et politiques, et bien sûr, son droit à la participation dans les affaires de son pays.

A travers le monde, les groupes les plus affectés par la pauvreté, la violence et l'isolement, sont les enfants et les femmes. Cela va sans dire que dans le cas d'Haïti, ces populations sont particulièrement exposées, malgré différentes actions et initiatives entreprises pour une amélioration de leur situation.

L'exposé que je vais vous présenter permettra de suivre «L'EVOLUTION DES DROITS ET LA PARTICIPATION » des enfants et des femmes à travers des moments importants de notre vie de peuple.


LES ENFANTS

Les enfants haïtiens sont extrêmement démunis; ils représentent la moitié de la population (3.3 millions de 0 à 18 ans sur une population de 7.1 millions d'habitants). Par conséquent, l'avenir d'Haïti dépend d'eux. En principe, la loi et particulièrement l'article 261 de la Constitution de 1987, "assure la protection à tous les enfants", elle est donc censée leur garantir les droits à la santé et à l'éducation, les protéger contre les abus de toutes sortes et leur fournir les conditions indispensables à leur épanouissement.

Cependant, en dépit de certains efforts enregistrés en faveur d'un mieux-être économique et social, la situation des enfants demeure encore particulièrement difficile. En témoigne le taux de mortalité infantile (124 décès pour 1000 naissances). L'éducation, décrétée obligatoire par la Constitution, n'a pu garantir à date que l'instruction d'un peu plus de 25% d'enfants au niveau primaire.

Je dois aussi souligner la situation des enfants en domesticité, des enfants prostitués, des enfants en milieu carcéral et des enfants de rue. Ces derniers sont actuellement des milliers, garçons et filles, dans toutes les villes de mon pays.

L'État, dont la réponse à ces problèmes est encore insuffisante, a cependant entrepris quelques actions qui méritent d'être signalées.

  • Le Ministère des Affaires Sociales, à travers son service de protection des mineurs, est chargé d'accorder une attention particulière aux enfants de rue, aux enfants en domesticité et aux orphelins.

  • Des initiatives ont été prises aussi au Ministère de la Santé Publique, à celui de l'Education Nationale, à la Secrétairerie d'État à la Jeunesse et des Sports pour améliorer la santé des enfants, augmenter le niveau du système éducatif et leur assurer une participation dans la vie nationale.

  • Actuellement, le Gouvernement, grâce à un consensus entre les institutions publiques et les associations du secteur privé, est en train de mettre en place des mécanismes favorisant l'organisation et le fonctionnement de programmes pour enfants à travers le pays. De concert avec l'UNICEF, un programme intitulé "Droits de l'Enfant, Droits de la Femme", est en train d'être initié par le Gouvernement.


  • LES FEMMES

    A travers les siècles, on la retrouve, toujours courageuse, trimant pour la survie quotidienne, assurant l'éducation de ses enfants dans des conditions extrêmement précaires. Femmes paysannes, femmes des villes, toutes accablées sous le poids des mêmes responsabilités, des mêmes injustices et inégalités.

    La lutte des femmes haïtiennes, comme dans bon nombre de pays de l'hémisphère, s'est révélée âpre, ardue et surtout incessante. Comme pour les consoeurs de l'Amérique, elles ont dû arracher de force, le droit de manifester, le droit de vote, le droit au travail, le droit de décider de leur corps, bref elles ont dû revendiquer le droit d'exister, le droit d'être femme, le droit d'être citoyenne à part entière. Cette lutte incessante a été marquée, ces dernières années surtout, d'un lourd tribut: assassinats, viols, emprisonnements, disparitions, etc... Tout peut être justifié pour remettre la femme à sa place à savoir : "s'occuper de la maison et des enfants". Mais elle continua de se battre, de se revolter contre la dictature et la repression militaire et de faire entendre ses revendications. En témoigne la grande Marche de novembre 1986 autour de thèmes relatifs à la participation et à la construction de la démocratie. Et enfin, la Constitution de 1987 vient à reconnaître la Femme Haïtienne comme citoyenne de plein droit et à part entière.

    Nous pouvons donc affirmer qu' aujourd'hui, la capacité juridique de la femme est totale.

    Ses droits politiques, économiques, sociaux et culturels sont les mêmes que pour l'homme.

    En effet,

  • Haïti fait partie des onze (11) pays de l'Amérique Latine et de la Caraïbe où les femmes représentent plus de 25% des cadres supérieurs.

  • Haïti est parmi les premiers pays de l'Amérique quant à la participation des femmes au gouvernement avec, par exemple en 1994, 29% des postes ministériels détenus par les femmes pour une moyenne régionale de 10%.

  • Cependant, à travail égal, l'homme haïtien a un salaire plus élevé que la femme haïtienne.

  • Je déplore que, jusqu'à présent, les petites filles de mon pays s'occupent des tâches domestiques alors que leurs frères vont à l'école. Ce qui se traduit par 62% de femmes analphabètes.

  • Je déplore aussi que la pratique empêche aux filles-mères de continuer leurs études alors que 46% des femmes sont monoparentales et ont en charge tout le poids économique de leur famille, sans aucun espoir de s'en sortir.

  • Je déplore également qu'aucun programme éducatif de formation continue ne soit mis à la disposition de ces jeunes femmes qui ont été obligées de déserter l'école.

  • Je déplore que le taux de mortalité maternelle soit encore de 4/1000.

  • Je déplore que 10% des femmes paysannes soient obligée d'émigrer dans les grandes villes à la recherche d'un mieux-être utopique.

  • Je déplore ces indicateurs qui confirment l'isolement de la Femme Haïtienne qui représente pourtant 53% de la population.

  • Je déplore enfin que la participation politique effective de la Femme Haïtienne dans les affaires du pays soit étroitement liée à son niveau d'éducation et à sa situation économique.

  • Le Gouvernement, conscient de ces problèmes, s'est formellement engagé à entreprendre toutes les démarches visant à faciliter la promotion féminine. Pour preuve, les récentes accords internationaux auxquels Haïti a adhéré, tels:

    - La signature des résolutions de Beijing. Cet acte facilitera la consultation de la société civile sur ses revendications et ses besoins essentiels. Cette démarche produira un plan d'action où se retrouvent les revendications principales de la Femme Haïtienne.

    - La ratification de la Convention de Belém Do Pará.

    De plus, la politique du Gouvernement Haïtien, soucieuse d'apporter les correctifs indispensables au redressement de la situation injuste des femmes de mon pays, s'articule autour de deux axes fondamentaux:

    1) L'identification des inégalités d'ordre social, économique, politique et culturel en vue de leur élimination.

    2) La promotion de l'équité sociale.

    Ainsi, la création du Ministère à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme et la Déclaration conjointe de tous les Ministres du Gouvernement Haïtien s'engageant à favoriser, dans leurs champs spécifiques, des programmes en vue d'arriver à la réhabilitation de la Femme Haïtienne, témoignent de cette volonté.

    Durant les trois (3) prochaines années, dans le but d'assurer la «participation totale et égale de la femme d'ici l'an 2000 », le Gouvernement Haïtien réalisera sa programmation autour de 3 grandes priorités:

    1) La lutte contre la pauvreté et la promotion de l'autonomie de la femme qui facilitera la réhabilitation économique et sociale de la Femme Haïtienne.

    2) La mise en place d'un cadre juridico-légal et d'action normative qui visera à reduire les discriminations.

    3) La sensibilisation-plaidoyer qui a pour objectif d'éliminer les stéréotypes et les préjugés.

    Parce que, comme nous l'avons souligné dans la déclaration de Montrouis, à l'Assemblée générale de l'OEA en 1995: il faudrait «qu'on rende hommage à la dignité de la femme, ainsi qu'à la contribution apportée par cette dernière à la société, qu'on exige l'adoption de politiques destinées à encourager une participation active lui permettant de jouir intégralement de tous ses droits et de mettre en valeur ses potentialités ».

    Je me suis donc engagée à accompagner les actions de l'Etat visant à l'amélioration des conditions d'existence de ces quatre (4) millions de femmes Haïtiennes. Parce que le respect des droits humains et la création d'un climat de paix passe par l'assurance d'une vie décente pour la femme et son enfant

    Pour appuyer cette position, j'interviendrai dans deux secteurs clés; celui du micro-crédit et celui de l'éducation.

    Le micro-crédit, parce que la Femme Haïtienne n'arrivera jamais à se libérer du cercle vicieux de la pauvreté dans laquelle elle vit si elle n'a pas ses propres ressources.

    L'éducation, car sans elle, comme nous l'avons déjà signalé, «sa participation totale et égale» dans les affaires de son pays restera un voeux pieux.

    Je profite de l'occasion pour remercier les Organisations Internationales, tel le FNUAP, l'UNICEF, l'IICA, l'UNESCO, l'OMS-OPS qui, à travers leurs agences nationales, m'ont déjà promis leur appui pour la réalisation de ces activités qui s'articuleront bientôt dans un programme de formation intégrée.

    Il nous faut donc former les enfants et les femmes de demain et leur donner l'ouverture d'esprit nécessaire, la compréhension de l'autre et la tolérance indispensable pour réussir dans ce monde global dans lequel nous vivons, pour assurer le développement durable et contribuer à ce climat de paix sociale auquel nous aspirons tous.

    Muchas gracias a la Primera Dama y al pueblo de Panama por su Hospitalidad.

     

     

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