Son Excellence
Madame Dora Boyd de Perez-Balladares que je tiens spécialement à remercier
pour son invitation d'autant plus que c'est la première fois que mon
pays est représenté â la Conférence des Premières Dames,
Sa Majesté
la Reine Fabiola, à qui je présente mes félicitations pour la sensibilité
dont elle a fait montre dans son exposé sur la situation des femmes
rurales,
Mesdames
les Epouses des Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Distingués
Représentants de Gouvernements,
Représentants
des Organisations Internationales,
Mesdames,
Messieurs;
L'absence
d'Haïti à ces Assises que tiennent depuis sept années les Premières
Dames de l'Hémisphère, n'est pas synonyme d'indifférence à la Problématique
des femmes car nous n'avons pas cessé d'être actives dans d'autres forums,
et personnellement, j'ai eu l'honneur de représenter mon pays à la dernière
Assemblée Générale de la CIM (Commission Interaméricaine des Femmes)
qui a eu lieu à Washington en novembre 1996.
J'ai aussi
écouté avec beaucoup d'intérêt votre compte rendu à Santa Cruz, en Décembre
1996, à l'occasion du Sommet de "Développement Durable". Je vous présente
mes félicitations, à vous toutes, pour le leadership dont vous faites
toutes preuve pour la promotion des femmes et pour l'oeil vigilant que
vous gardez sur les problèmes des «enfants en situation spécialement
difficile».
L'objet
de la conférence d'aujourd'hui «Construisons l'Avenir des Amériques
sous le signe des droits humains et autour d'une culture de Paix» est
pour moi d'un intérêt capital.
Après
de nombreuses années de dictature et un récent coup d'Etat qui a encore
retardé le processus démocratique, les classes les plus démunies se
trouvent confrontées à des situations encore plus difficiles. C'est
ainsi que, malgré l'existence de certaines lois, l'inefficacité du système
judiciaire crée une ambiance d'impunité et provoque un sentiment de
désarroi total dans la population.
Cependant,
le peuple haïtien continue de se battre pour sa liberté, le respect
des ses droits civils et politiques, et bien sûr, son droit à la participation
dans les affaires de son pays.
A travers
le monde, les groupes les plus affectés par la pauvreté, la violence
et l'isolement, sont les enfants et les femmes. Cela va sans dire que
dans le cas d'Haïti, ces populations sont particulièrement exposées,
malgré différentes actions et initiatives entreprises pour une amélioration
de leur situation.
L'exposé
que je vais vous présenter permettra de suivre «L'EVOLUTION DES DROITS
ET LA PARTICIPATION » des enfants et des femmes à travers des moments
importants de notre vie de peuple.
LES ENFANTS
Les enfants
haïtiens sont extrêmement démunis; ils représentent la moitié de la
population (3.3 millions de 0 à 18 ans sur une population de 7.1 millions
d'habitants). Par conséquent, l'avenir d'Haïti dépend d'eux. En principe,
la loi et particulièrement l'article 261 de la Constitution
de 1987, "assure la protection à tous les enfants", elle est donc
censée leur garantir les droits à la santé et à l'éducation, les protéger
contre les abus de toutes sortes et leur fournir les conditions indispensables
à leur épanouissement.
Cependant,
en dépit de certains efforts enregistrés en faveur d'un mieux-être économique
et social, la situation des enfants demeure encore particulièrement
difficile. En témoigne le taux de mortalité infantile (124 décès pour
1000 naissances). L'éducation, décrétée obligatoire par la Constitution,
n'a pu garantir à date que l'instruction d'un peu plus de 25% d'enfants
au niveau primaire.
Je dois
aussi souligner la situation des enfants en domesticité, des enfants
prostitués, des enfants en milieu carcéral et des enfants de rue. Ces
derniers sont actuellement des milliers, garçons et filles, dans toutes
les villes de mon pays.
L'État,
dont la réponse à ces problèmes est encore insuffisante, a cependant
entrepris quelques actions qui méritent d'être signalées.
Le
Ministère des Affaires Sociales, à travers son service de protection
des mineurs, est chargé d'accorder une attention particulière aux
enfants de rue, aux enfants en domesticité et aux orphelins.
Des
initiatives ont été prises aussi au Ministère de la Santé Publique,
à celui de l'Education Nationale, à la Secrétairerie d'État à la
Jeunesse et des Sports pour améliorer la santé des enfants, augmenter
le niveau du système éducatif et leur assurer une participation
dans la vie nationale.
Actuellement,
le Gouvernement, grâce à un consensus entre les institutions publiques
et les associations du secteur privé, est en train de mettre en
place des mécanismes favorisant l'organisation et le fonctionnement
de programmes pour enfants à travers le pays. De concert avec l'UNICEF,
un programme intitulé "Droits de l'Enfant, Droits de la Femme",
est en train d'être initié par le Gouvernement.
LES FEMMES
A travers
les siècles, on la retrouve, toujours courageuse, trimant pour la survie
quotidienne, assurant l'éducation de ses enfants dans des conditions
extrêmement précaires. Femmes paysannes, femmes des villes, toutes accablées
sous le poids des mêmes responsabilités, des mêmes injustices et inégalités.
La lutte
des femmes haïtiennes, comme dans bon nombre de pays de l'hémisphère,
s'est révélée âpre, ardue et surtout incessante. Comme pour les consoeurs
de l'Amérique, elles ont dû arracher de force, le droit de manifester,
le droit de vote, le droit au travail, le droit de décider de leur corps,
bref elles ont dû revendiquer le droit d'exister, le droit d'être femme,
le droit d'être citoyenne à part entière. Cette lutte incessante a été
marquée, ces dernières années surtout, d'un lourd tribut: assassinats,
viols, emprisonnements, disparitions, etc... Tout peut être justifié
pour remettre la femme à sa place à savoir : "s'occuper de la maison
et des enfants". Mais elle continua de se battre, de se revolter contre
la dictature et la repression militaire et de faire entendre ses revendications.
En témoigne la grande Marche de novembre 1986 autour de thèmes relatifs
à la participation et à la construction de la démocratie. Et enfin,
la Constitution de 1987 vient à reconnaître la Femme Haïtienne comme
citoyenne de plein droit et à part entière.
Nous pouvons
donc affirmer qu' aujourd'hui, la capacité juridique de la femme est
totale.
Ses droits
politiques, économiques, sociaux et culturels sont les mêmes que pour
l'homme.
En effet,
Haïti
fait partie des onze (11) pays de l'Amérique Latine et de la Caraïbe
où les femmes représentent plus de 25% des cadres supérieurs.
Haïti
est parmi les premiers pays de l'Amérique quant à la participation
des femmes au gouvernement avec, par exemple en 1994, 29% des postes
ministériels détenus par les femmes pour une moyenne régionale de
10%.
Cependant,
à travail égal, l'homme haïtien a un salaire plus élevé que la femme
haïtienne.
Je
déplore que, jusqu'à présent, les petites filles de mon pays s'occupent
des tâches domestiques alors que leurs frères vont à l'école. Ce
qui se traduit par 62% de femmes analphabètes.
Je
déplore aussi que la pratique empêche aux filles-mères de continuer
leurs études alors que 46% des femmes sont monoparentales et ont
en charge tout le poids économique de leur famille, sans aucun espoir
de s'en sortir.
Je
déplore également qu'aucun programme éducatif de formation continue
ne soit mis à la disposition de ces jeunes femmes qui ont été obligées
de déserter l'école.
Je
déplore que le taux de mortalité maternelle soit encore de 4/1000.
Je
déplore que 10% des femmes paysannes soient obligée d'émigrer dans
les grandes villes à la recherche d'un mieux-être utopique.
Je
déplore ces indicateurs qui confirment l'isolement de la Femme Haïtienne
qui représente pourtant 53% de la population.
Je
déplore enfin que la participation politique effective de la Femme
Haïtienne dans les affaires du pays soit étroitement liée à son
niveau d'éducation et à sa situation économique.
Le Gouvernement,
conscient de ces problèmes, s'est formellement engagé à entreprendre
toutes les démarches visant à faciliter la promotion féminine. Pour
preuve, les récentes accords internationaux auxquels Haïti a adhéré,
tels:
- La
signature des résolutions de Beijing. Cet acte facilitera la consultation
de la société civile sur ses revendications et ses besoins essentiels.
Cette démarche produira un plan d'action où se retrouvent les revendications
principales de la Femme Haïtienne.
- La
ratification de la Convention de Belém Do Pará.
De plus,
la politique du Gouvernement Haïtien, soucieuse d'apporter les correctifs
indispensables au redressement de la situation injuste des femmes de
mon pays, s'articule autour de deux axes fondamentaux:
1) L'identification
des inégalités d'ordre social, économique, politique et culturel en
vue de leur élimination.
2) La
promotion de l'équité sociale.
Ainsi,
la création du Ministère à la Condition Féminine
et aux Droits de la Femme et la Déclaration conjointe de tous les
Ministres du Gouvernement Haïtien s'engageant à favoriser, dans leurs
champs spécifiques, des programmes en vue d'arriver à la réhabilitation
de la Femme Haïtienne, témoignent de cette volonté.
Durant
les trois (3) prochaines années, dans le but d'assurer la «participation
totale et égale de la femme d'ici l'an 2000 », le Gouvernement Haïtien
réalisera sa programmation autour de 3 grandes priorités:
1) La
lutte contre la pauvreté et la promotion de l'autonomie de la femme
qui facilitera la réhabilitation économique et sociale de la Femme
Haïtienne.
2) La
mise en place d'un cadre juridico-légal et d'action normative qui
visera à reduire les discriminations.
3) La
sensibilisation-plaidoyer qui a pour objectif d'éliminer les stéréotypes
et les préjugés.
Parce
que, comme nous l'avons souligné dans la déclaration de Montrouis, à
l'Assemblée générale de l'OEA en 1995: il faudrait «qu'on rende hommage
à la dignité de la femme, ainsi qu'à la contribution apportée par cette
dernière à la société, qu'on exige l'adoption de politiques destinées
à encourager une participation active lui permettant de jouir intégralement
de tous ses droits et de mettre en valeur ses potentialités ».
Je me
suis donc engagée à accompagner les actions de l'Etat visant à l'amélioration
des conditions d'existence de ces quatre (4) millions de femmes Haïtiennes.
Parce que le respect des droits humains et la création d'un climat de
paix passe par l'assurance d'une vie décente pour la femme et son enfant
Pour appuyer
cette position, j'interviendrai dans deux secteurs clés; celui du micro-crédit
et celui de l'éducation.
Le micro-crédit,
parce que la Femme Haïtienne n'arrivera jamais à se libérer du cercle
vicieux de la pauvreté dans laquelle elle vit si elle n'a pas ses propres
ressources.
L'éducation,
car sans elle, comme nous l'avons déjà signalé, «sa participation totale
et égale» dans les affaires de son pays restera un voeux pieux.
Je profite
de l'occasion pour remercier les Organisations Internationales, tel
le FNUAP, l'UNICEF, l'IICA, l'UNESCO, l'OMS-OPS qui, à travers leurs
agences nationales, m'ont déjà promis leur appui pour la réalisation
de ces activités qui s'articuleront bientôt dans un programme de formation
intégrée.
Il nous
faut donc former les enfants et les femmes de demain et leur donner
l'ouverture d'esprit nécessaire, la compréhension de l'autre et la tolérance
indispensable pour réussir dans ce monde global dans lequel nous vivons,
pour assurer le développement durable et contribuer à ce climat de paix
sociale auquel nous aspirons tous.
Muchas
gracias a la Primera Dama y al pueblo de Panama por su Hospitalidad.