SOMMET
DU MILLÉNAIRE
ORGANISATION
DES NATIONS UNIES
Nations
Unies, 7 septembre 2000
Madame, Monsieur les Co-Présidents,
Monsieur le Secrétaire général,
Chers Collègues,
Je remercie le Secrétaire général pour la convocation de ce Sommet
et le félicite pour la richesse du "Rapport" qu'il a soumis à notre
attention.
Pendant les 55 années de l'existence de notre Organisation, même si
celle-ci a été parfois dénigrée, l'histoire de la Communauté Internationale
ne saurait être écrite sans une référence constante à l'O.N.U. Et,
aujourd'hui encore, face à un contexte mondial qui change rapidement
avec son cortège impressionnant de nouveaux défis, nous la retrouvons
comme instrument privilégié pour aménager le 2lème siècle. La preuve
en est cette réunion exceptionnelle au plus haut niveau, pour essayer
de dissiper cette angoisse face aux problèmes à la fois anciens et
de type nouveau pour lesquels nous ne disposons pas encore de réponse.
La République d'Haïti, membre fondateur de cette Organisation et qui
deux cents ans après la conquête de son indépendance politique cherche
encore à se libérer du sous-développement, y accourt pour contribuer
à la réflexion sur les moyens qui nous permettront d'affiner l'important
outil d'action que constitue le système des Nations Unies.
Chers Collègues,
Dans la turbulence des préoccupations, certaines nous interpellent
plus particulièrement car des réponses données dépendra le contour
du monde à venir.
Premièrement, la nécessité de garantir des conditions de vie dignes
à tous les humains. Nous savons en effet que des millions de personnes
vivent dans l'indigence absolue et en risque constant d'explosion
sociale alors que, dans l'histoire de l'humanité, jamais la capacité
de création de richesses n'a-t-elle été aussi élevée?
Deuxièmement, la nécessité de démocratiser réellement la nouvelle
économie de la connaissance et de l'information. Nous constatons un
accroissement considérable du savoir et un progrès technologique impressionnant,
mais jusqu'à présent l'accès n'y est réservé qu'à quelques-uns. Ceci
constitue une nouvelle source d'inégalité et de division tant entre
les nations qu'au sein même de celles-ci. Alors: comment rompre l'exclusion
et empêcher que le fossé s'approfondisse en attendant de le combler?
A quoi bon mettre les pieds sur Mars si la faim règne dans plusieurs
régions de notre planète?
Troisièmement, la tendance d'une dérive du pouvoir, de la politique
vers les finances et l'économie. Les incessants flux de capitaux et
d'échanges commerciaux semblent se jouer des Etats Nationaux et donner
naissance à des instances supranationales non-choisies par les peuples.
Ne sommes-nous pas en train de rendre utopique la démocratie, puisque
nous n'élisons que les politiciens et non les financiers?
Quatrièmement, le pouvoir immense et redoutable des moyens de communication
dont la maîtrise ne nous semble réservée qu'à quelques uns. Leur utilisation
incontrôlée détruit ceux qui s'y opposent alors qu'ils permettraient
de résoudre de nombreux problèmes s'ils étaient véritablement mis
au service de l'épanouissement humain.
En dernier lieu, les pandémies qui ravagent certaines nations, presque
" naturellement " des nations pauvres, et menacent même leur survie.
Le coût humain de ces tragédies scandalise, d'autant plus que les
moyens pour le réduire fortement existent. Toutefois, souvent se pose
ici la question de la rentabilité car il y a pour plusieurs une primauté
quasi absolue de l'économie sur les considérations humaines. Alors:
comment faire face à de tels drames en mettant les intérêts supérieurs
de l'humanité au-delà du mercantilisme?
Chers Collègues,
L'ère de l'autarcie a vécu. Les Etats ne peuvent plus concevoir leur
politique sans tenir compte du cadre régional et même planétaire:
qu'il s'agisse de drogues, de réseaux terroristes, de crimes organisés,
de pandémies, tout s'inscrit dans une perspective globale. Sans règles
de jeux et sans arbitre, cette mondialisation serait une jungle. Telle
est la mission des Organisations Internationales avec, à leur sommet,
l'ONU qui permet de bâtir la paix et promouvoir le développement.
Nous devons consolider l'autorité et la légitimité de l'Organisation
des Nations Unies en la démocratisant, afin de renforcer son efficacité
et pour qu'elle soit capable de confronter avec succès les nouveaux
défis du monde global.
L'enjeu pour nous, c'est de jeter un regard sans complaisance sur
l'avalanche d'initiatives du passé et des maigres résultats obtenus
et entreprendre hardiment d'inventer un monde de civisme international
où la logique de la solidarité l'emporte sur celle de la seule possession
des marchés.
La mondialisation n'est pas nouvelle. L'esclavage, les deux grandes
guerres de ce siècle dernier en sont la démonstration. Ce qui effraie
aujourd'hui, c'est que la mondialisation tend à être la privatisation
de tous les pouvoirs.
Je vous remercie.